La 4e guerre du Golfe dans la recomposition de l’impérialisme régional et mondial
Publié le 04 mars 2026
Au matin du samedi 28 février, les États-Unis et Israël lancent une offensive armée en Iran, interrompant les négociations en cours à Genève, alors même que de premières annonces avaient fait état d’avancées sur le programme nucléaire et que les parties devaient se retrouver le lundi 2 mars pour la suite des négociations
Cette intervention fait suite à un premier conflit éclair, en juin dernier, lors de ce qui a depuis été appelé la « guerre des douze jours ».
Mais ses implications et ses enjeux sont bien plus
graves et importants.
Au-delà de la question de l’Iran, cette guerre est une étape majeure dans la recomposition des rapports de force régionaux, voire mondiaux, et de l’impérialisme, comme de ses contradictions. L’imbrication étroite des enjeux régionaux, des enjeux internationaux et des intérêts particuliers des puissances internationales et régionales dessine un paysage complexe avec un point nodal commun : l’importance du contrôle des réseaux.
Dans la phase actuelle de refondation des modalités de l’accumulation capitaliste et de l’impérialisme, le contrôle des réseaux (énergétiques, commerciaux, numériques, spatiaux…) acquiert une dimension nouvelle.
On parle, à raison, beaucoup du rôle majeur du détroit
d’Ormuz.
Il voit passer 24 % du commerce pétrolier et
20 % du GNL mondial. Plus de 85 % du commerce pétrolier est à
destination de l’Asie. Pour le GNL, 26 % sont à destination de la Chine et
19 % de l’Inde.
Plus largement, la région est le carrefour de
corridors majeurs en cours de construction : corridor IMEC
(Inde-Émirats-Israël-Europe), corridor Russie-Iran, corridor Irak-Turquie, etc.
Dans ce contexte, les enjeux sont les suivants :
· Les deux alliés, les États-Unis et Israël, poursuivent aujourd’hui des objectifs militaires différents et des intérêts économiques convergents. L’action états-unienne s’attache ainsi en priorité à réduire à néant les infrastructures stratégiques et les capacités de production dont dispose l’Iran. Elle est aussi le fruit de la pression croisée des dirigeants israéliens et saoudiens qui ont pour intérêt commun de neutraliser l’Iran.
· Le gouvernement de Benyamin Netanyahou semble pour sa part aspirer à éliminer l’un des obstacles à sa politique de chaos et d’hégémonie régionale, en donnant un coup d’accélérateur à sa politique d’épuration ethnique et d’annexion de la Cisjordanie et en reprenant les opérations militaires au Liban, à six mois d’élections législatives en Israël.
· Une troisième puissance régionale, l’Arabie-saoudite, rivale de longue date de l’Iran, semble accorder sa partition sur la force d’intervention israélo-états-unienne. L’application du plan Trump pour le Proche-Orient et la nouvelle définition que Trump a apportée au projet américain de « Grand Moyen-Orient » lors de son discours de Riyad en mai dernier ouvrent pour la monarchie wahhabite l’opportunité de gagner de nouvelles positions dans la région, ce qui passe par la remise en cause de l’accord irano-saoudien de 2023 conclu sous le parrainage de la Chine. Ce sont les conditions d’accord d’Abraham de nouvelle génération qui sont ici en train de mûrir.
·
La crise
historique de la dictature théocratique en Iran est une sorte d’opportunité
pour ces intérêts de se concrétiser. L’ampleur du soulèvement populaire du mois
de janvier dernier a montré la faiblesse des forces sociales qui soutiennent
encore le régime. La violence sanguinaire de la répression a montré, à nouveau,
que ce régime était prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Ses provocations
successives dans le domaine nucléaire (enrichissement de l’uranium bien au-delà
des cadres fixés par l’AIEA) ont fait le reste. Ses attaques de ces derniers
jours contre les États membres de l’organisation de coopération du Golfe,
contre les raffineries saoudiennes, contre les usines de GNL au Qatar, achèvent
de l’isoler.
Malgré les politiques néolibérales de la dictature et les sanctions internationales l’Iran dispose encore à ce jour des chaînes de production et des infrastructures nécessaires pour produire les drones Shahed, ainsi que des ressources balistiques nécessaires à la force de riposte, pour le moment.
Les 2 500 établissements d’enseignement supérieur
du pays produisent chaque année des cohortes de cadres, d’ingénieurs, de
techniciens qualifiés, dont beaucoup occupent des postes clés au sein des
infrastructures stratégiques et des chaînes de valeur associées.
L’Iran forme chaque année 3 500 000 étudiants.
La mise au pas des filières industrielles de la défense, du nucléaire, de l’acier, du gaz et du pétrole, actuellement très dynamiques et imbriquées dans des réseaux de coopération, risque à l’avenir d’éteindre l’un des principaux secteurs d’emplois qualifiés du pays, provoquant la ruine de l’économie iranienne et encourageant toujours davantage la fuite des cerveaux.
Les forces progressistes iraniennes redoutent à
présent de subir un sort comparable à celui de l’Irak, où l’analphabétisme,
quasiment inexistant avant le début des guerres du Golfe, a fait des bonds
spectaculaires.
L’exemple de l’Irak témoigne de l’impact destructeur des conflits armés sur l’éducation et les perspectives d’avenir des populations.
Dans un contexte d’intensification de la guerre
économique des États-Unis avec la Chine et ses alliés régionaux, le
développement et les transferts de potentiel intellectuel constituent l’un des
leviers de la montée en puissance économique.
Ainsi, dans la nouvelle configuration du rapport de
forces international, la compétition technologique, les circuits commerciaux et
la course à l’innovation constituent bien plus que la trame de fond des
conflits armés.
Pour les rivaux régionaux de l’Iran, Arabie saoudite et Israël en tête, le développement économique de l’Iran et de ses forces productives représente un réel obstacle.
L’intervention en Iran doit permettre aux États-Unis
de consolider un rapport de force face à la Chine, mais aussi de contenir la
Russie, en supprimant un possible contrepoids dans le Caucase du Sud, où la
puissance américaine souhaite s’imposer à travers le corridor de Zanguezour.
La finalité d’une telle démarche est la refondation de
l’impérialisme US dans le contexte où les recompositions internationales lui
échappent en grande partie.
Sa méthode est l’unilatéralisme absolu, face aux
aspirations au multilatéralisme et à la réalité d’un monde devenu multipolaire.
Cependant, il est confronté à des contradictions.
La hausse des prix du pétrole et du gaz va à
l’encontre des efforts de Trump pour les diminuer afin de conforter ses
promesses d’amélioration du pouvoir d’achat interne aux États-Unis.
Il faut également compter sur le peuple iranien, qui, malgré des décennies de répression politique, ne semble nullement disposé à abandonner ses revendications pour l’égalité, la justice sociale et le développement du pays.
Depuis des décennies, la société iranienne proteste
contre les politiques néolibérales et destructrices du régime de la République
islamique, qui engendrent la misère et assèchent l’économie du pays, sous le
regard approbateur du FMI et de la Banque mondiale.
Au fil des nombreuses grèves et manifestations, les Iraniens s’opposent autant aux sanctions internationales qu’aux politiques néolibérales qui contribuent, elles aussi de manière significative, à tarir les forces vives de l’économie du pays et dénoncent la corruption, devenue endémique.
En 2024, l’élection de Massoud Pezechkian avait ainsi
été portée par une promesse d’union nationale, réitérée après la guerre de
Douze Jours, mais restée lettre morte.
L’absence de réalisations concrètes n’ont fait
qu’exacerber la colère légitime du peuple.
Pas plus hier qu’aujourd’hui, la société iranienne ne
semble donner de signaux de renoncement. Elle paraît au contraire fermement
arrimée à son indépendance nationale et à sa souveraineté dans ses choix
d’avenir.
La nécessaire fin du régime actuel, le maintien de l’intégrité territoriale de l’Iran, le respect de la souveraineté du peuple iranien et sa lutte contre toute ingérence étrangère appellent à la large coopération et à la constitution du front des forces progressistes iraniennes, comme l’exige le parti Toudeh d’Iran.
La poursuite de l’escalade militaire pourrait avoir de sérieuses conséquences sur l’équilibre régional, comme le rappellent unanimement les forces progressistes du Proche et Moyen-Orient, au parti Toudeh comme au sein de la plateforme militante et associative, The Peace Partnership (Le Partenariat pour la paix), constitué à l’initiative du Parti communiste d’Israël.
En confortant la position israélo-étatsunienne, le Président de la République Emmanuel Macron expose la France à des risques de grande ampleur, pouvant aller bien au-delà des attaques sur les bases militaires françaises au Proche et au Moyen-Orient.
Le Secrétariat du secteur international
Article publié dans CommunisteS, numéro 1076 du 4 mars
2026.

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